Partager sur

Journal de bord

Le mot de Mélanie O'Bomsawin, formatrice chez les Mapuche (suite)

// Mélanie O'Bomsawin

Déjà deux semaines sont passées depuis la fin de notre École de cinématographie mapuche. Quatorze jours intenses, remplis de rires, de conversations et de réflexions. Suffisamment de temps pour créer des liens profonds avec les jeunes et leur communauté, pour comprendre la réalité mapuche et en faire partie. Nous avons commencé la première semaine avec les jeunes de Malalhue, en tournant des images dans leur lof et à quelques kilomètres de là, à Carahue, une ville où plusieurs jeunes doivent s’exiler pendant l’année scolaire. Le sujet de leur court métrage a un peu changé durant le processus. Voulant d’abord aborder l’importance de porter les vêtements traditionnels, ils parlent maintenant aussi de la quête d’identité des jeunes mapuches qui, justement, passent la majorité de l’année en ville pour étudier. L’équipe a tourné dans toutes les conditions : dans une barque au beau milieu du Lago Budi (seul lac salé des Amériques), assis sur le trottoir en plein trafic piétonnier de Carahue, ils se sont même levés avant le soleil pour filmer le plan initial de leur film. Ils ont marché pieds nus dans un champ de mûres, fait un immense feu simplement pour en enregistrer le son, et j’en passe. Rien n’a su les arrêter

Pour ce qui est de l’équipe de Llaguepulli, on peut dire qu’ils se sont lancés dans un très gros projet! Nous avons presque passé les deux semaines entières dans les rukas (maisons traditionnelles) du lof, à enregistrer de la musique traditionnelle, à faire des entrevues, ou même à faire du montage. Fait intéressant, ici, chaque maison a aussi sa ruka. Les familles passent leurs journées entre la maison et la ruka, un lieu d’échange où il est impossible d’entrer sans partager au moins un maté.

L’équipe s’est souvent sacrifiée pour faire des heures supplémentaires en mangeant des sopaipillas (pain frit) ou de la tortilla fraîchement sortie de la braise. Les jeunes nous ont même invités à partager le once (souper) avec eux pour pouvoir continuer à travailler jusqu’aux petites heures du matin. Avec la fatigue accumulée, les journées se sont très souvent terminées en éclats de rire incontrôlables. Avec plus de deux heures d’entrevues, dont la majorité étaient en mapuzugun, les jeunes ont réussi à faire un court documentaire de huit minutes. Ils ont fait du montage et du sous-titrage jusqu’à la toute dernière minute avant la projection.

Bien sûr, la projection a eu lieu dans une ruka, autour d’un feu. Les gens des deux communautés ont répondu à l’appel et ont apporté maté, tortillas, salade, viande... Bref, l’ambiance était à la célébration et au partage. Ce fut une soirée très spéciale pour tous. Le film Inciñ getuai taiñ mapu (Nous prendrons soin de notre terre) a spécialement ému le public. Ce documentaire des jeunes de Llaguepulli relate la lutte de leur lof pour récupérer une partie de leur territoire. Il explique surtout pourquoi il est important pour le peuple Mapuche de se battre pour le récupérer. Plusieurs personnes ont voulu s’exprimer à la suite du visionnement, pour expliquer combien il est important de diffuser ce court métrage dans toutes les communautés autochtones, non seulement Mapuche, mais du monde entier. Pour que tous continuent de lutter. Le film de Malalhue, quant à lui, s’intitule Nutualliñ tañi mapuche ñen (Nous récupérerons notre style de vie Mapuche) et est un court poème visuel relatant la difficulté de jumeler deux réalités: vivre en ville et être fidèle à sa culture.

Nous avons maintenant quitté Llaguepulli pour nous diriger vers les communautés de Relicura et Quetroleufu, dans la région de Pucón. Je tiens à remercier le lof de Llaguepulli pour son accueil incroyable. J’ai plusieurs fois dîné ou soupé en double, me promenant d’une invitation à une autre. J’ai rencontré ici des jeunes extraordinaires, fiers et généreux de leur culture. De futurs leaders pour leur communauté et leur peuple, j’en suis convaincue! J’ai appris autant d’eux qu’eux ont appris dans nos cours de cinéma. Je me sens privilégiée d’avoir pu partager mon quotidien avec de si belles familles. Chaltu may pu lagmen. Encore une fois, un court vidéo vous résumant un peu nos deux semaines de production. Nous espérons vous faire vivre un peu ce que nous avons eu la chance de vivre:   Escale Llaguepulli-Malalhue from Initiative vidéo stratégique on Vimeo.