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Journal de bord

Un bilan de la 3e école cinématographique au Chili

 

Journal de bord 3 

Nous avons passé les derniers jours entiers à faire du montage. Les jeunes ont passé la majorité de leurs journées devant l’ordinateur, en buvant du mate quand l’énergie venait à manquer tard en soirée. L’étape la plus longue et difficile fut de traduire toutes les entrevues du mapuzugun à l’espagnol et d’ensuite sous-titrer les films. Ce moment a quand même permis aux jeunes d’échanger beaucoup avec leurs parents à propos de l’importance de la langue et de son usage au quotidien. Personnellement, j’ai aussi appris beaucoup de mots de vocabulaire, faisant sourciller les gens que je croisais au village en m’adressant à eux en mapuzugun.

Nous avons aussi eu le privilège de recevoir la visite d'André Dudemaine, président fondateur de Terres en Vues, cinéaste et membre du C.A. du Wapikoni. Un groupe est allé le chercher à l’aéroport de Temuco et il a été reçu dans une ruka, dans la communauté de Llaguepulli. Nous avons eu plusieurs belles discussions sur la place de la communication dans la lutte politique des Mapuches, mais aussi dans la revitalisation de leur culture. Suite à près de 12 jours de montage, les jeunes se sont présentés à la projection finale de leur projet en habit traditionnel. La soirée a eu lieu dans la ruka d’une famille de Malalhue. Projecteur et système de son ont été installés tout près du feu où l’eau pour le mate bouillait. Le public s’est assis sur les bottes de foin réparties partout dans la ruka. L’espace s’est bien vite rempli et plusieurs personnes ont dû rester debout à l’entrée pour profiter des films. Les lonkos et plusieurs autres autorités des deux communautés étaient présents ainsi que le maire de la région. Ce fut une soirée très émotive pour tous, nous pouvions voir dans le visage du public la fierté qu’il éprouvait envers les jeunes participants du Wapikoni. Plusieurs membres de la communauté ont même pris la parole à la fin de la projection pour rappeler combien il est important de continuer à apprendre le maniement d’une arme telle que la caméra. 

Je vous présente un petit montage de la soirée, pour vous aider à mieux comprendre l’atmosphère dans laquelle nous étions pour la finalisation du projet. J’aimerais seulement écrire ici ce que j’ai répété mille fois à tous ceux qui m’ont reçu dans leur maison et dans leur coeur lors de cette escale. Je suis reconnaissante de la chance que j’ai de connaître des gens si forts dans leur culture et dans leurs convictions. Des gens vrais, fiers et généreux de tout ce qu’ils possèdent. Je me sens énormément privilégiée de me savoir acceptée dans un groupe de si belles personnes. Mon plus grand souhait est de faire connaître la force de ces communautés, de ce peuple. Je ramène avec moi le newen (la force) qu’ils portent en eux et qu’ils m’ont transmise. Et je dis à chacune des personnes que j’ai croisée là-bas: chaltu may lamgen (merci beaucoup mon frère/ma soeur).


Journal de bord 2

Nous avons passé les dernières semaines à tourner un peu partout dans les communautés de Malalhue et Llaguepulli. Les participants n’ont rien oublié de ce qu’ils ont appris l’an passé. Il ne leur fallait que quelques minutes pour s’installer pour le tournage d’une entrevue. Chaque communauté travaillait sur son propre projet, mais les mercredis étaient consacrés à une évaluation où les deux communautés se rencontraient, discutaient de leur projet commun et échangeaient leurs idées. Cette période de réflexion était alors suivie d’une activité récréative quelconque permettant aux jeunes des deux communautés d’être réunis. La sortie en kayak sur le Lago Budi et les mini-olympiades ont été particulièrement agréables!

Que ce soit à Llaguepulli ou Malalhue, les journées de tournage commençaient toujours par une rencontre avec tous les jeunes dans la ruka, afin d’établir un ordre du jour et les tâches à accomplir pour la journée. À Llaguepulli, nous avons eu la chance d’interviewer des personnes généreuses avec qui partager au sujet de la revitalisation culturelle active pour contrer la perte d’identité mapuche. Non seulement les entrevues se faisaient-elles intégralement en mapuzugun, mais les jeunes ont effectué leur traduction eux-mêmes, sans grande aide de la part des adultes de la communauté. Il y a de quoi être fier!

De leur côté, les jeunes de Malalhue ont rencontré un machi qui est la personne possédant les connaissances approfondies des plantes du territoire permettant de soigner adéquatement les membres de la communauté. Ensemble, ils ont tourné une conversation entre le lonko – le chef du village – et le machi. Il était important pour l’équipe de Malalhue de filmer une conversation plutôt qu’une interview puisque cette forme de transmission du savoir est plus proche de la vision qu’ont les Mapuche de la rencontre et de l’échange.

De plus, lors d’un événement culturel réunissant les deux communautés et des jeunes de l’extérieur, nous avons eu la chance de projeter plusieurs films du Wapikoni. Or, parmi tous les films présentés, Blocus 138 a vivement attiré l’attention de ceux qui étaient présents. Les enjeux qui y sont déployés – lutter, marcher, faire des blocus pour se faire entendre – font partie de la réalité quotidienne des communautés mapuche.

Les tournages terminés, nous avons créé des studios de montage improvisés dans la maison du coordonateur à Malalhue. À Llaguepulli, le QG de montage a été installé au restaurant touristique de la communauté. Malgré les belles températures et leurs vacances d’été, les jeunes sont fervents de commencer le montage afin de donner une forme aux heures de tournage qu’ils ont effectuées à travers les communautés.

Journal de bord 1 

« Me voici donc pour une deuxième année en territoire mapuche, wallmapu. J’ai eu le privilège de renouer avec les participants de l’an passé et de rencontrer des nouveaux intégrants. Cette année, 22 jeunes entre 12 et 22 ans participent à l’escale du Wapikoni. Nous avons officiellement commencé l’escale par un yeyipun, une cérémonie où tous les participants étaient présents, afin se s’assurer que le mois qui vient se passera sans anicroche et dans le respect de l’autre.

Nous sommes déjà à la moitié de notre escale ici à Llaguepulli et Malalhue. Les jeunes

travaillent depuis une semaine et demie à rassembler toutes les images nécessaires pour leur film. L’équipe de Llaguepulli a décidé de parler de la colonisation, plus spécifiquement de l’arrivée de la religion et de la perte de territoire. Un thème profond et touchant qui a soulevé plusieurs émotions lors de leurs entrevues. Le groupe de Malalhue a de son côté choisi d’aborder le thème de la médecine traditionnelle, plus précisément le lawen, le savoir des plantes pour rééquilibrer le corps et l’esprit. Ils en ont profité pour converser avec un machi, un homme qui détient justement ce savoir de guérison.

Nous avons droit à de longues journées de tournage, le soleil se couchant seulement vers 10h. Plusieurs arbres débordent de fruits mûrs, j’apprécie spécialement le maqui, un arbre natif du territoire mapuche lafkenche (de la côte) qui tache les doigts et les dents. Certains participants voulaient vous faire connaître un fruit nommé chupon. Ils ont fait cette petite vidéo pour vous le présenter. »

Aussi, les gens ici ont très hâte de rencontrer André Dudemaine, cinéaste Première Nation du Québec. Les gens ont très hâte de lui faire part de leur vision de la cinématographie.

C’est très très motivant de travailler ici avec de très jeunes leaders et de voir un peuple en pleine revitalisation culturelle. J’espère que mes photos et mes vidéos vont vous permettre de bien comprendre la réalité ici.

À bientôt !