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Journal de bord

Journal de bord 2015 - L'aventure Wapikoni (1 de 3)

 L’Aventure Wapikoni mobile !

Le 15 juin dernier, après avoir rempli ma petite voiture noire de mon énorme valise orange, de quelques sacs d’épicerie et de mes un-million-de-bouquins-sur-l’art-d’être-zen-que-je-ne-lirai-probablement-pas-parce-que-Yo!-j’risque-d’être-occupée, je m’installais derrière le volant de ma voiture, déterminée à vivre intensément l’aventure Wapikoni mobile. C’est avec cet état d’esprit que j’embarquais sur la 40 et que je me dirigeais vers La Tuque, qui m’accueillit avec une odeur qu’on pourrait qualifiée d’«épicée», voire exotique, parce que ça surprend tes narines et que c’est mémorable comme odeur !

Après avoir pris mes dernières puffs de la ville à La Tuque, je continuais ma route pour retrouver une petite communauté Atikamekw pour laquelle je m’étais prise d’affection lors de mon stage de fin d’études. Plus je m’approchais de la route 25, plus je ressentais un mélange de peur et d’anxiété à l’idée de rouler sur cette route de gravier, qui m’avait quelques fois fait déraper et même fait rencontrer un bébé orignal! Je pris une bonne respiration, mis des tounes d’amour quétaines et fit une prière pour que mon voyage se déroule bien. Lorsque j’ai vu le pont qui allait me mener vers Wemotaci, je me suis sentie soulagée, mais également émue de voir le beau paysage qui entoure cette communauté, ou bien c’était peut-être la chanson d’Adèle qui jouait, mais bon, j’étais bien contente d’être là !

Je suis arrivée seule pour préparer l’escale de Wemotaci, mais dès le lendemain, j’ai fait la connaissance de ma précieuse alliée, Jackie Basile, une fille allumée et fonceuse, qui allait occuper le poste de coordonnatrice locale durant l’escale. J’ai également eu l’occasion de retrouver les membres du personnel de l’école secondaire Nikanik, qui m’ont accueilli une fois de plus, à bras ouverts; le directeur, Pascal Sasseville-Quoquochi, m’a même permis de squatter un local dans l’école, pour que je puisse avoir accès à l’internet, qui est une denrée rare à Wemotaci! En marchant dans les couloirs de l’école secondaire, j’ai revu plusieurs élèves qui étaient là lors de mes stages, mais aussi de nouveaux visages. J’ai fait un petit kiosque pour me présenter et les informer de l’arrivée de la Wapikoni mobile la semaine suivante et il y a eu un attroupement monstre, non pas parce que je suis passionnée et passionnante, mais bien parce que j’offrais du pop-corn! :) Pendant la première semaine, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui allaient faciliter mon travail: Le chef, François Néashit, Guy Laloche, Louise Basile, Angelique Awashish, Christine Coocoo, Agathe Connelly, Jacques Newashis et Clode Jolette, la coordonnatrice de la maison des jeunes, qui fait de l’excellent travail avec les jeunes.

Après une semaine chargée, samedi arriva, et je n’avais aucune espèce d’idée de ce que j’allais faire de ma carcasse, parce que tous les bureaux étaient fermés, mais aussi parce que je n’avais pas accès à Facebook à la maison! Je capotais ma vie, mais il ne faut jamais sous-estimer une accro à Facebook, parce que la madame a toujours plus d’un tour dans son sac! Croyez-le ou non, mais je me suis plantée derrière l’école secondaire, pour capter le wifi, malgré les innombrables mouches noires et les risques imminents de rencontrer un ours qui rôdait autour de l’école durant la semaine! Que voulez-vous, j’aime vivre dangereusement; t’es accro ou tu l’es pas !:P

Lundi après-midi, mes chères collègues cinéastes-formatrices sont arrivées à Wemotaci; notre équipe était maintenant complète: Marie, cinéaste-formatrice, Gabi, cinéaste-formatrice, Canouk, assistant-formateur, Jackie, coordonnatrice locale et moi-même, Mélodie, intervenante jeunesse. Notre équipe prend parfois des allures d’un échange culturel, puisqu’elle est composée d’une allemande, d’une française, de deux Atikamekw et d’une Innue. Notre équipe euro-autochtone était maintenant prête à accueillir les gens pour la soirée open-house dans la roulotte ! On a sorti le pop-corn et Canouk a présenté quelques films des anciens participants de Wemotaci. Les jeunes sont restés calmes tout le long de la projection ! On s’attendait à tout sauf à ça ! On croyait que c’était les effluves de pop-corn au beurre qui les apaisaient, mais non, ils sont comme ça les jeunes de Wemotaci: surprenants!

À chaque jour, il y a de l’action dans la roulotte! Beaucoup de jeunes viennent faire leur tour et discutent avec nous. Lors des ateliers, plusieurs jeunes ne semblaient pas être particulièrement intéressés, mais lorsqu’on leur proposait de participer, ils étaient toujours partants et ouverts à essayer de nouvelles choses. Attention, ici l’«indian time» ne s’applique pas, parce que les jeunes de Wemotaci sont très à l’heure lorsqu’on leur demande de venir pour un tournage! L’équipe de Wapikoni mobile est tombé sous le charme des jeunes de Wemotaci, car ils sont sociables, attachants et authentiques. C’est pourquoi nous avons décidé de faire une réalisation collective pour leur rendre hommage; un film expérimental sur la signification du mot «awacic», qui veut dire petit être de lumière en langue Atikamekw.

Plusieurs projets sont déjà en branle. Steven Chilton a commencé à tourner quelques images de son docu-fiction sur la résilience, en compagnie de l’équipe de la Wapi et de deux jeunes de la communauté, Felipe-Dale et de Jos-Deckie.  Ensuite, il y a eu Bryan Cocoo qui souhaite faire un film d’art sur la rivière St-Maurice, les influences négatives qu’ont eu les activités de la drave sur la biodiversité de la rivière.  Notre coordonnatrice locale Jackie Basile a également décidé de faire un film; Un documentaire sur l’importance du sport chez les jeunes de Wemotaci à travers l’histoire personnelle de sa petite cousine Wikona.  Finalement, il y a une nouvelle réalisatrice Laura Niquay qui souhaite faire un vidéoclip avec une de ses chansons, parlant des feux de forêt qui ont encerclé Wemotaci en 2010. Quelques projets musicaux se dessinent à l’horizon, dont ceux de Logan Petiquay et de Wapan Boivin.  

En terminant je souhaite partager la fierté que je ressens en tant que jeune femme autochtone, de vivre l’aventure Wapikoni mobile. J’ai l’impression de prendre part à quelque chose qui contribue concrètement aux jeunes des Premières Nations en les encourageant à s’exprimer à travers la caméra. Cette caméra qui capture des moments parfois drôles, parfois émouvants, mais toujours pleins de vérité : Leur vérité. Je suis impressionnée par le courage de ces jeunes, qui s’y livrent de façon authentique et qui exposent leurs idées et   pensées sur vidéo, ce qui est un exercice qui demande énormément de courage et d’humilité. Cette envie de partager une partie d’eux-mêmes, m’émeut. Parce que je suis comme ça moi, un peu braillarde.