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Nouvelle

Carnet de voyage de Kevin Papatie

// Wapikoni mobile

Quel était ton rôle dans le cadre de cet échange avec le Panama? 

Dans le cadre de la formation, j’ai donné un atelier et les jeunes de toutes les nations (Kunas, Emberas, Ngäbes et Campesinos) y ont participé. Je leur ai expliqué mon approche du cinéma dans le but de les inspirer et de les motiver. J’ai parlé de mes films Sakitakwin, Kokom et Nous sommes. Je leur ai parlé de mes méthodes cinématographiques, de mes recherches, d’où vient mon inspiration, etc. et j’ai senti un réel intérêt. 

Quel a été le moment le plus marquant ? 

Le moment le plus marquant... Le tatouage ! C’est le Jaibana, le « shaman », qui décide du symbole qui doit être réalisé sur l’individu. Dans mon cas, le Jaibana Bonifacio a pris le temps de discuter avec moi. Il m’a raconté comment il est devenu Jaibana et l’expérience qu’il a accumulée. Plus le Jaibana est expérimenté et plus il a de bâtons! À mon tour, je lui ai raconté comment on devient Mada kackitowin (homme médecine) chez les Anishnabe à Kitcisakik. Je m’intéresse beaucoup à ma culture ancestrale et à celle des autres nations. Partager toutes ces informations avec lui était donc un moment important pour moi… et c’est comme ça qu’il a défini le tatouage que je porterais : le trapiche. Le trapiche est un outil ancestral multifonctionnel qui permet, entre autres, d’extraire le sucre de canne et d’égrainer certaines plantes. C’est mon intérêt pour la culture ancestrale qui a guidé son choix. Ce sont des jeunes qui ont exécuté le tatouage. Me faire tatouer était important pour moi par solidarité envers les Emberas, car Ivan, Bonarge et Alba sa femme, étaient venus dans ma communauté cet été et que pour moi c’était une manière de me rapprocher d’eux en acceptant sur moi un savoir ancestral revitalisé par des jeunes. Après mon tatouage, notre hôte, Jorge Ventocilla a fait la remarque qu’il était rare que les Kunas, les Emberas, les Ngäbes et les Campesinos soient tous réunis pour ce genre d’activité. Moi, l’Anishnabe, j’étais le canevas pour ces nations! J’étais là pour créer des échanges et créer des ponts et j’ai senti que lorsque je me faisais tatouer, c’est exactement ça qui se passait. 

Et de ces échanges, qu’est-ce que tu retiens ? 

Ma rencontre avec les Kunas a été déterminante, car en comparaison avec les Anishnabe, je vois beaucoup plus de combativité chez eux. Ils n’embarquent pas avec le gouvernement. Ils ont leurs propres représentants politiques au parlement. Il y a 5 sièges sur 72 au parlement réservés obligatoirement aux autochtones : trois Kunas, un Ngäbe et un Embera. Entre 12 et 15% de la population est autochtone au Panama et un tiers du territoire leur appartient. Ça me donne une idée de ce que nous pourrions faire au Canada... et on a du travail pour y arriver. Ici on travaille pour prendre soin de sa famille, mais ça s’arrête là. Là-bas, il y a une transmission aux autres générations à travers des structures propres à la nation. Ici, la colonisation a fait son chemin et ça paraît. Même si le style de vie nord-américain arrive aussi chez eux. 

Sinon… en termes d’échanges, la barrière linguistique rendait parfois les choses difficiles, même si on parvenait à trouver des moyens pour se comprendre. J’ai l’impression d’être passé à côté de choses à cause de ça. Au début c’est frustrant, mais tu apprends à « dealer » avec. Moi, je me débrouillais un peu avec l’espagnol et l’anglais. Avec mes bases... En fait, ça m’a surtout permis de me rapprocher de Louisa et de Lina, qui m’accompagnaient. Nous avons beaucoup ri, j’ai l’impression que le rire est un trait culturel qui nous est propre, nous anishnabe, par rapport aux Kunas et aux Emberas. Rire fait partie d’un processus de guérison qui nous connecte sur le plan spirituel. C’est peut-être pourquoi la spiritualité est si forte pour nous, pourquoi on s’y accroche... 

Retrouver les films de l’escale au Panama ici !