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Nouvelle

L’Instance permanente, une expérience pleine d’apprentissages pour cinq jeunes du Wapikoni

// Wapikoni mobile

Dimanche 18 mai, 8 heures… La petite camionnette est chargée à bloc! Cinq participants : Melissa Mollen Dupuis, Samian, Emilio Wawatie, Amanda Roy et Craig Commanda, accompagnés de Karine van Amerigen et Iphigénie Marcoux-Fortier, deux formatrices du Wapikoni et documentaristes, quittent Montréal. Direction New York, les Nations Unies, l’Instance permanente sur les questions autochtones et une salle remplie de 1500 délégués réunis pour discuter de la mise en application de la Déclaration des Nations Unies sur les droits de peuples autochtones. 

Dix heures de voitures pour se préparer, échanger ses impressions sur l’événement, sur ce que l’on ressent… et arriver à New York fébriles et impatients de prendre la parole. 

Lundi 19 mai, à 8 heures, la petite délégation s’achemine tranquillement vers le premier métro et une heure et demie plus tard, se retrouve au pied du 1 UN Plaza. Une fois les accréditations de chacun en main, il est déjà l’heure de préparer l’événement parallèle durant lequel les jeunes feront la présentation du Wapikoni… au 2 UN Plaza. On mange une bouchée en face de la Maison de l’UNICEF. La fébrilité a laissé place au calme. Tout le monde est prêt et en présence d’un petit auditoire, Melissa Mollen Dupuis présente le Wapikoni mobile, sa mission et son fonctionnement. Elle donne ensuite la parole aux autres participants, qui présentent respectivement leurs courts métrages et leurs expériences. Ghislain Picard, Chef par intérim de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, est dans l’auditoire et sa présence est très valorisante pour les jeunes. Le temps passe vite. Les questions-réponses se font le temps de remballer le matériel ! « C’est là que ça se passe! » dit Samian, « Dans ce genre d’événement, la rencontre se fait dans les couloirs, une fois que les conférences sont terminées. »

Il est 15 heures et il faut retourner au 1 UN Plaza pour écouter le débat qui entoure la tenue de la Conférence mondiale sur les peuples autochtones au mois de septembre. Les représentants autochtones du monde entier ne s’entendent pas tous. La forme que prend cet événement s’éloigne de ce qu’avait demandé l’Assemblée générale en 2010, soit une réunion plénière de haut niveau dont l’objectif principal est de partager les perspectives et les meilleures pratiques sur la réalisation des droits des peuples autochtones et de poursuivre les objectifs de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Cet objectif rejoint la mission du Wapikoni : contribuer à la sauvegarde du patrimoine culturel des Premières Nations. C’est à ce titre que le Wapikoni souhaiterait participer à la Conférence mondiale des peuples autochtones. C’est pour partager son expérience. Dans son recueil de Pratiques fructueuses en 2011, l’Organisation des États Américains présente le Wapikoni mobile comme l’organisme canadien dont les pratiques font partie des « initiatives culturelles ayant influencé certains aspects du développement, tels que la réduction des taux de violence, de pauvreté et le décrochage scolaire, entre autres, et qui de plus, ont engendré la construction de sociétés plus justes et égalitaires ».

Toutefois, les débats sur cette Conférence ont clairement fait transparaître le mécontentement des représentants autochtones et leurs doutes quant à son pouvoir de représentativité. Au bout du compte, ce sont les Nations Unies, et donc des États-membres, qui organisent cette conférence, ce qui froisse fortement les représentants autochtones puisque dans leurs pays respectifs il leur faut sans cesse faire valoir leurs droits auprès de ces mêmes États… 

Alors, participera? Participera pas? Le Wapikoni se pose la question ! Et c’est sur cette interrogation que la délégation regagne ses pénates à Brooklyn… mais cette fois par le ferry, bien plus rapide et agréable que le métro! 

Le lendemain, le réveil se fait de bonne heure pour Samian qui commence sa journée avec une série d’entrevues avec Radio-Canada. Pendant ce temps, les jeunes préparent leur seconde journée qui s’annonce trépidante car c’est le compte-rendu de James Anaya, le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, et Melissa Mollen Dupuis compte bien s’adresser à lui. 

Arrivés à l’Instance permanente, Melissa se dirige vers la table des inscriptions pour les allocutions. Elle a le feu vert! Elle doit alors rédiger un texte d’une durée maximum de trois minutes qu’elle devra remettre en quinze exemplaires et soumettre à la traduction. Elle part à la recherche d’un ordinateur et passe la matinée et le début de l’après-midi à relire le rapport de M. Anaya et à écrire son allocution. À son retour dans la salle, son nom est sur la liste des « speakers » et le trac monte d’un cran. 

En attendant que son nom soit appelé, elle donne quelques entrevues à Radio-Canada, mais Samian prend le relai, car l’heure avance et son nom ne sort toujours pas. Les allocutions se suivent, la présidente de l’assemblée prend soin de répartir les noms figurant sur la liste en fonction des régions du monde desquelles proviennent les représentants autochtones… Le temps passe et l’heure de la fin de la session approche. La présidente passe lemicro au Professeur Anaya qui termine son mandat et cède la parole à celle qui le remplacera dans ses fonctions, Mme Vicky Tauli-Corpuz. La présidente s’excuse auprès des représentants qui avaient demandé la parole… Le temps manque. La session est terminée. 

« Je ne suis pas déçue. Combien de gens se préparent à monter l’Everest, et une fois sur la montagne, pour bien des raisons ne peuvent atteindre le sommet? Eh bien là, c’est pareil! Mais au moins, je suis sur la montagne! » a déclaré Melissa avant de courir saluer M. Anaya qui quittait la salle. 

Le temps de dire au revoir aux représentants rencontrés lors de cette session, d’échanger quelques cartes d’affaires, de prendre quelques clichés, et l’expérience onusienne de la délégation du Wapikoni prend fin. Une expérience que la délégation souhaite renouveler l’année prochaine, maintenant qu’elle s’est familiarisée avec les démarches et le fonctionnement de l’Instance permanente. Rendez-vous donc en 2015 pour la 14e session!


Écoutez Samian parler de son expérience à l'Instance permanente en entrevue avec Radio-Canada.